susiemorgensternLe 25 mars 2004 rencontre avec Susie Morgenstern dans le cadre du printemps du livre à Grenoble à la bibliothèque de l’Alliance.

Les élèves de CM2 sont bien préparés, ils connaissent déjà si bien Susie !

 

 

 

 

 

1) Les premières questions tournent autour de  la vie de Susie Morgenstern et de son métier d’écrivain :

 

Lucie : Pourquoi avez-vous choisi de vivre en France ?

Susie : « L’accident , c’est que je suis tombée amoureuse d’un français. J’étais au restau- U, je l’ai vu, j’ avais un sac de livres et  j’ai su que c’était lui !… »

Charlène : Quand vous étiez petite, avez-vous pensé que vous seriez écrivain ?

Susie : « J’ai commencé à écrire dans le ventre de ma mère en secret, je suis sûre…
               Je lui confiais des mots et des sons.
               Je faisais mes devoirs sans me faire prier.
               Je m’enfermais dans ma chambre des heures entières
               je voulais apprendre par coeur le dictionnaire. »    

Maxime : «Quand vous étiez petite, étiez-vous comme la petite-fille, héroïne dans AB … CP, une enfant qui n’aimait pas la lecture ?

Susie explique qu’à l’âge de dix ans elle a reçu une révélation : elle a empoigné un stylo et s’est mise à écrire un livre entier avec les deux mots qu’elle connaissait. C’était beau. C’était bon. C’était chaud. C’était magique. Ça faisait du bien partout où ça passait, dans la main, dans la tête , au fond du cœur, tout autour. Ça recommençait, chaque fois qu’elle voulait. Elle a raconté ce coup de foudre dans A, B… C P .

Hugo : « Est-ce que vos livres racontent des moments de votre vie ou celle de vos enfants ? »

Susie : « Je me suis beaucoup inspirée de ma vie. Le papa qui va faire la colle dans le roman « la sixième » c’est vraiment mon mari. Il trouvait ça tellement injuste qu’il est allé à la place de sa fille. »

Régis : « Vos filles vous ont-elles donné envie d’écrire, si oui, pourquoi ? »

Susie : « Oui, mes filles m’ont donné envie écrire. Mais pas que mes filles, tous les gens que je croise dans la rue et que je connais. D’ailleurs, je crois que je vais écrire un livre sur vous, les enfants. »

Susie continue à se confier à nous :

« je me suis amusée cette semaine à écrire des textes sur les questions des enfants » Susie nous montre le brouillon de son futur livre, il est écrit dans un agenda. Les élèves se sentent proches de cet écrivain qui fait des bouillons !

Susie nous lie son poème ; les paroles sont douces et mélodieuses, elles s’égrènent comme des notes sur une partition, nous sommes sous le charme.

« Comment vous trouvez les idées ? » demande Susie.

– Nous les trouvons, tout simplement, géniales !

 

 2) Les questions suivantes portent sur le roman : « Lettres d’amour de 0 à 10 ans »

 

David : « Vous avez intitulé l’un de vos livres : « lettres d’amour de 0 à 10 » pourquoi ce titre ?

Susie : « Je voulais l’intituler « lettres mortes » mais l’éditeur n’a pas voulu parce qu’il pensait que personne ne voudrait l’acheter. »

« Lettres mortes »  est devenu « Lettres d’amour de 0 à 10 »

Marie : « De quoi vous êtes-vous inspirée pour créer vos livres ? »

Susie : « Pour écrire un roman il suffit de regarder autour de soi. J’ai envie d’écrire le bonheur, l’amour, il y a des plaisirs, des déceptions… »  Nous, les écrivains, nous sommes en quelque sorte des espions. Moi, pour écrire les livres, je m’inspire de vos prénoms, de vos vêtements… La dernière fois, j’étais chez mon petit-fils qui faisait du piano et il n’y arrivait pas, il se trompait à chaque fois. Et puis un moment, il a placé sa tête sur les touches du piano et il m’a dit : je vais avoir nul à l’unanimité !

Je vais faire un livre avec ce titre nul à l’unanimité. J’ai aussi envie de faire un livre avec comme titre des paroles de chansons. » Susie, à cette occasion, nous donne une tâche d’écriture.

Marie : « Pourquoi dans ce livre, chaque chapitre porte-t-il le nom d’un personnage de l’histoire ?

Susie : « J’ai longuement cherché le nom d’Ernest, un nom que l’on n’entendrait pas couramment et quand je l’ai trouvé, je l’ai vite écrit comme titre du premier chapitre. J’ai aussi longtemps cherché le nom de Victoire, je l’ai écrit comme titre du deuxième chapitre. Précieuse est le nom d’une amie à moi et elle a été très touchée de voir son mon dans mon livre. Elle porte le nom du troisième chapitre. Après j’ai continué de donner des prénoms aux autres chapitres. »

Régis : « Pourquoi la mère de Ernest est-elle morte ? »

Susie : « Il fallait que je m’en débarrasse. Elle me gênait. Un écrivain est comme un dieu dans son livre il a le droit de vie et de mort sur ses personnages. »

Tout est possible dans les romans surtout le meilleur. Écrire c’est se livrer, par petites touches comme à voix basse. « La première fois que j’ai eu seize ans » est un roman autobiographique. Comme dans premier amour dernier amour, l’héroïne part à la recherche d’elle même et forge sa personnalité de ses expériences plus ou moins réussies.

Susie nous confie que son roman « la première fois que j’ai eu seize ans » va être adapté au cinéma par Lorraine Lévy. Ce film doit sortir en octobre 2004 avec Pierre Arditi et Catherine Jacob la personne qui va interpréter la jeune fille de seize ans, que j’étais, s’appelle Marilou Berry, c’est la fille de Josiane Balasko. Je suis allée sur le tournage avec ma fille et ma petite-fille qui a votre âge ; ma fille a dit : « elle a bien de la chance ! » Ce film aura pour titre : « La première fois que j’ai eu vingt ans ».Le titre du livre ne convenait pas : ils trouvaient que ça faisait trop un film d’ados ».

Conclusion :

La rencontre avec Susie a été une véritable révélation, un moment unique que ces jeunes lecteurs n’oublieront jamais. Dans un premier temps les questions ont été posées avec modestie et petit à petit, ces timides lecteurs, sont devenus de redoutables critiques : Régis trouve « bizarre » que Susie commence son livre « lettres d’amour de 0 à 10 ans » par la mort de la maman de Ernest et se trouve décontenancé par la réponse que lui donne Susie. Grâce à cette rencontre, la façon d’aborder un roman, ne sera plus jamais la même. Chaque enfant est entré en communication avec Susie, à sa manière, comme par magie, elle nous a permis de découvrir son monde d’écrivain.